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Condamné depuis plusieurs décennies à choisir entre le petit écran ou le pastiche, Sherlock Holmes méritait un retour fracassant dans les salles obscures. Pour s’assurer que l’œuvre originale de Conan Doyle, déjà adaptée au grand écran par Alfred L. Werker dans le lointain 1988, se fraie une place vers les sommets du box-office, Warner Bros a employé Guy Ritchie, réalisateur de Snatch, qui se vante de n’avoir jamais vu aucune des adaptations précédentes… et ça se voit ! Guy Ritchie semble avoir passé son enfance à lire des comics s’imaginant posséder entre les mains des textes de Conan Doyle, du coup si vous êtes un traditionaliste vous serez forcement déçu de cette approche plus dynamique d’un roman qui commence à dater.
Ici plus de deerstalker hat sur la tête ou pipe dans la bouche [quoique dans certaines scènes on l'aperçoit] : Holmes, interprété par l’excellent Robert Downey Jr., a tout d’un casse cou, avec l’œillade séductrice, les cheveux savamment mal coiffés et sa barbichette de trois jours. Il combat le crime avec son éternel ami Watson [Jude Law], un médecin boitillant sur le point de se marier et de quitter pour ainsi dire le cocon familial. Expert en boxe, Holmes arrive à analyser les points faibles de ses ennemis en un rien de temps, lui permettant ainsi des ripostes aussi mortelles que précises qui ne sont pas sans rappeler les galipettes d’un certain Chuck Norris. Plutôt anti-conventionnel, notre détective ne se bat plus vraiment aux côtés de Scotland Yards, préférant faire cavalier seul, croisant occasionnellement la route des poulets londoniens en manque d’inspiration. Le scénario a lui aussi été complétement revisité : ici on parle femmes, sorcellerie et sectes, avec une pincée de théorie du complot ; autant dire que Guy Ritchie a essayé de sortir Holmes de sa monotonie en lui donnant un côté charmeur qui habille bien mieux Downey Jr. qu’une tenue de détective du 18ème sur son 31. Watson, malgré le fait qu’il soit resté un tantinet plus classique que son co-équipier, reflète malgré tout un gros changement par rapport à sa version littéraire : l’éternel second se transforme ici en papillon volant de ses propres ailes. Si pendant des années il ne vécu que pour satisfaire les besoins de Holmes, aujourd’hui il prend son envol avec un mariage en perspective et l’envie de s’éloigner un peu de sa vie mouvementée de vieux garçon.
Malgré le bon nombre de critiques négatives à l’égard du scénario du film, je dois dire avoir été complétement subjugué par l’histoire : après être enfin venu à bout du super méchant Lord Blackwood [interprété par Mark Strong], le légendaire détective Sherlock Holmes et son assistant peuvent clore un autre cas brillamment résolu. Mais quand Blackwood revient mystérieusement d’entre les morts et reprend ses sombres activités, Holmes repart aussi tôt sur ses traces. Devant gérer la future femme de son partenaire, ainsi que le chef de Scotland Yard le menaçant de l’enfermer s’il échoue, notre pitre héros.. euh détective intrépide se doit de démêler les indices qui le mèneront vers une série de meurtres tordus, des tromperies et de magie noire, sans oublier l’étreinte mortelle de son seul amour Irène Adler.
Question fidélité on a vu mieux il faut l’avouer, mais après tout ce n’est pas le but du film. Le titre est simplement parsemé de clins d’œils plus ou moins iconiques visant à nous rappeler que l’on est bel et bien devant Sherlock Holmes et non pas Iron Man. Les libertés prises avec l’œuvre originale sont nombreuses et, bien qu’on soit facilement enivré par l’ambiance et le personnage très charismatique, certains moments viennent un peu gâcher la narration, comme si la production voulait nous rappeler qu’un quota de scènes d’actions devait être atteint… Malgré tout, si l’on arrive à faire abstraction de ces quelques “insertions” aberrantes, le film reste vraiment passionnant et l’on s’ennuie jamais. Petite note quand même à propos de Robert Downey Jr., qui ne semble pas avoir particulièrement dérangé Nanihi : si on compare sa prestation dans le film à celle de Zodiac [pour citer un exemple] on se rend compte qu’il interprète le détective à la pipe avec un détachement et une paresse hors norme. Bien que son jeu d’acteur soit au rendez-vous, j’aurais aimé plus de présence, voir une évolution plus poussées du personnage, comme on avait pu le voir dans Zodiac [si vous vous souvenez, au début on le retrouve comme un jeune journaliste passionné, vif et sur le qui vive, devenant de plus en plus associal limite paranoïaque durant l'enquête, pour finir alcoolique ; toutes ces différentes étapes de sa vie dans le film se répercutaient directement sur son jeu d'acteur.], néanmoins ne vous attendez pas à quelque chose d’insipide, ce n’est pas Downey Jr. ça
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Avant de clôturer, je ne peux m’empêcher de dire deux môts sur la bande son du film : un pur régal ! Composée par Hans Zimmer, qui possède à son actif des mélodies de films cultes comme The Dark Knight, The Last Samurai ou encore Gladiator, on retrouve ici une fois de plus LE grand Hans Zimmer. Contrairement à ses productions grandioses à portée dramatique, la bande originale de Sherlock Holmes est bien plus traditionnelle et réservée, avec des guitares fanfaronnantes, rythmes de marche, violons un rien grinçants… et un thème qui rappelle plus que fortement l’inoubliable thème de Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes. Une piste cool et entraînante, musicalement très riche, une petite merveille dont seul Hans Zimmer a le secret. Les pistes suivantes, parfois plus ternes, poursuivent dans cette ambiance à la fois déjantée et mystérieuse ; plus les pistes défilent, plus on sent le Zimmer de The Dark Knight revenir à la charge. “He’s Killed The Dog Again” reprend de manière sombre le thème principal, poursuivi par les lourdes percussions de “Marital Sabotage“. S’en suit “Ah, Putrefaction“, calme et sobre, plus mélancolique, suivie par une reprise remarquable du délectable thème principal. L’album ne serait pas réussi sans son thème culminant : 18 minutes d’émerveillement, de la tension, de l’émotion, du rythme… et des pics d’intensité dans le plus pur style du compositeur. Dans un style qu’on ne lui connaissait pas, Hans Zimmer est parvenu à nous donner le meilleur de lui même, repoussant une fois de plus les limites de son talent. C’est certain, tous ses admirateurs trouveront leur bonheur dans ce Sherlock Holmes …
Finalement, on pourrait se demander si j’ai vraiment aimé le film par moments, et la réponse est oui ! Malgré ses quelques infimes défauts, cette version revisitée par Guy Ritchie est une réussite : avec son ambiances décadente, son rythme au pas de course et sa bande originale parfaitement adaptée, Sherlock Holmes 2009 trouve sa place dans la descendance directe de l’histoire du célèbre détective. Petite réserve sur Robert Downey Jr. et son jeu un peu distant par moments, j’aurais particulièrement aimé voir une évolution plus marquée mais, comme dit au début, si vous n’y allez pas pour voir une reconstitution visuelle de l’œuvre de Conan Doyle, vous ne pourrez pas être déçus.
PS : Je vous conseille vivement de rester jusqu’à la fin du générique si vous allez le voir, car sa réalisation est assez épatante et vaut le détour
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